RÉSUMÉ
“Je veux tout faire, alors je ne fais rien” suit Hinaa, une jeune femme de 20 ans, qui s’enregistre seule dans sa chambre, face à une caméra. Dans cette sorte de confession intime, elle raconte la paralysie qu’elle ressent devant la multitude de vies qu’elle pourrait mener : écrivaine, réalisatrice, chanteuse, voyageuse, entrepreneuse… À travers des images oniriques et des séquences imaginaires, on entre dans son esprit, peuplé de portes qui s’ouvrent sur ces différentes versions d’elle-même. Mais Hinaa reste figée, incapable de choisir une voie. Dans ce témoignage fragile et sincère, elle avoue sa peur de l’échec, du temps qui passe, et son sentiment d’être en retard sur la vie. Le film se termine dans un geste simple : éteindre la caméra. Une petite action, mais qui symbolise un premier pas vers l’acceptation de soi et l’envie d’avancer, même imparfaitement.
NOTE D’INTENTION
J’ai écrit “Je veux tout faire, alors je ne fais rien” à partir d’un texte issu de mon journal intime, à un moment où je me sentais perdue dans ma vingtaine. Cet âge est paradoxal : on se sent encore jeune et pourtant déjà pressé de se projeter. Il faut penser à louer son premier appartement, acheter sa première voiture, préparer des concours, gérer seul des démarches administratives, chercher un emploi étudiant. Chacune de ces étapes nous confronte à une réalité nouvelle, qui nous pousse à réfléchir à l’avenir et à nos choix de vie. Et pourtant, dans le même temps, on ne se sent pas encore prêt.
La plupart des étudiants rêvent de devenir journalistes, acteurs, professeurs, danseurs, sportifs, militants, ou vacillent entre plusieurs passions comme la photographie, la peinture, l’écriture, l’écologie, la politique. Mais très vite, on se retrouve face à une obligation : celle de choisir. Et cette injonction à définir une seule identité parmi toutes celles que nous portons crée une angoisse profonde. On se sent projeté dans un labyrinthe sans indication, perdu entre mille directions. C’est ce sentiment que j’ai voulu explorer, cette incompréhension qu’on résume trop souvent par un mot : la procrastination. Or, derrière cette apparente « flemme », se cachent en réalité la peur de l’échec, le doute identitaire et une paralysie intérieure face à l’abondance de choix.
Ce film est une part de moi. J’ai toujours aimé écrire, dessiner, imaginer, créer. Depuis petite, je rêvais de signer des livres, de réaliser des films, d’inspirer des gens par mes histoires. Mais à chaque envie se superposent les mêmes voix intérieures : « Et si tu n’y arrives pas ? », « Est-ce que ce que tu écris a vraiment de la valeur ? », « Comment vivras-tu de tout cela ? ». Ces questions reviennent dans chaque domaine : mes études, mes passions, mes amitiés, mes relations. Et à force de douter, je me retrouve souvent à repousser mes envies, à attendre, à rêver plus que je n’agis. Ce court-métrage est donc né d’un besoin urgent : mettre des images et des mots sur cette peur de choisir, sur cette sensation d’être étouffée par ses propres possibles.
Le personnage principal, Hinaa, est le reflet direct de cette partie de moi. J’ai choisi ce prénom d’abord pour sa symbolique. En polynésien, Hina est une figure liée à la lune, déesse de la culture, de l’art et des traditions. En japonais, ce prénom renvoie au soleil et à la lumière. Hinaa est donc à la fois solaire et lunaire, une « fille de la lune et du soleil », porteuse d’idées lumineuses mais fragile et condamnée parfois à disparaître dans l’ombre. Le double “A” final vient renforcer cette dualité : l’élan vers l’action et la peur qui arrête le mouvement. Hinaa incarne une jeunesse brillante et hésitante, pleine de désirs et de contradictions. Elle est une part intime de moi, mais aussi une figure universelle, dans laquelle chacun peut se reconnaître.
J’ai choisi une mise en scène simple et intime : un plan fixe, une caméra posée face au personnage, comme une confession filmée ou une vidéo YouTube. Je voulais donner l’impression que le spectateur était convié à une discussion personnelle, comme avec un ami à qui l’on se livre. Cette forme crée une proximité immédiate et brise le quatrième mur. Elle évoque aussi la culture numérique actuelle : journaux filmés, vlogs, contenus intimes partagés en ligne. En parallèle de cette simplicité volontaire, le film explore des séquences plus oniriques. Hinaa se projette dans un couloir où chaque porte ouvre sur une version d’elle-même : l’écrivaine au bord de la mer, la réalisatrice qui reçoit un Oscar, la chanteuse sur scène, la voyageuse libre. Ces scènes, inspirées notamment par le clip “Chihiro” de Billie Eilish, traduisent visuellement ce que l’on ressent lorsqu’on se projette dans des vies multiples sans jamais en choisir une.
L’esthétique repose sur le contraste entre deux mondes. Dans la chambre, l’atmosphère est tamisée, avec des couleurs chaudes et oppressantes : le noir des vêtements, l’orange des lumières, le bleu de la décoration. Ces teintes traduisent la solitude, la nostalgie, le poids intérieur. À l’opposé, les séquences imaginaires baignent dans la lumière naturelle, avec des couleurs claires comme le vert, le blanc et le jaune. Elles expriment l’évasion, la liberté et la joie. Cette opposition renforce la tension entre la réalité pesante et le monde des rêves. Le rythme du film, lui, s’appuie sur des respirations, des silences, des hésitations. Rien ne doit paraître appris ou récité : Hinaa parle comme si elle improvisait, ce qui accentue la sincérité du témoignage. Je me suis inspirée notamment de “Mirrored Mind” de Gakuryū Ishii pour ce mélange d’intimité et d’universalité.
Avec ce film, mon intention est simple : tendre la main au spectateur et lui dire qu’il n’est pas seul. Je veux que chacun se reconnaisse dans cette peur nocturne de ne pas savoir où aller, dans ces questionnements qui tournent en boucle à deux heures du matin. Je veux que le spectateur ressente un souffle de réconfort, l’impression qu’il est compris, entendu, consolé.
Enfin, ce projet est aussi un acte personnel. À 20 ans, j’ai souvent eu l’impression d’être en retard par rapport aux autres, de voir mes amis avancer, voyager, réussir leurs concours, concrétiser leurs rêves, pendant que les miens restaient à l’état d’idées. Ce film est ma façon de transformer ce sentiment en création. Ce n’est pas simplement un projet à rayer sur une to-do list, mais une manière de donner corps à quelque chose que je n’arrivais pas à exprimer autrement. C’est un fragment de mon journal intime que je rends visible, un pas vers la libération, et surtout une preuve : même au cœur du doute, il est possible d’achever une chose, de créer une œuvre, et de la partager.
SYNOPSIS
Dans la solitude de sa chambre, Hinaa, 20 ans, installe une caméra et commence à parler. Sa voix est hésitante, presque un murmure, comme une confidence nocturne qu’elle n’a jamais osé adresser à personne. Autour d’elle, des photos, des carnets, des post-it colorés composent un décor fragile, à l’image de son esprit : foisonnant mais désordonné. Elle avoue ressentir le vertige d’une jeunesse qui voudrait tout faire, mais qui se retrouve paralysée à force de vouloir trop.
Peu à peu, ses paroles nous font basculer dans son imaginaire : un couloir sans fin où chaque porte s’ouvre sur une version différente d’elle-même. Derrière une porte, l’écrivaine solitaire face à l’océan. Derrière une autre, la réalisatrice sous les projecteurs d’Hollywood, un Oscar en main. Plus loin, la chanteuse portée par une foule, la voyageuse au sac à dos, l’entrepreneuse sur scène. Ces visions oniriques, éclatantes et vivantes, contrastent avec l’immobilité de son corps réel, figé devant la caméra.
Mais si ces multiples vies fascinent Hinaa, elles l’écrasent aussi. En les aimant toutes, elle a le sentiment de n’en devenir aucune. Elle se compare, s’interroge, confesse sa peur d’échouer, de perdre du temps, de choisir une route et de regretter toutes les autres. Sa chambre, refuge intime, se transforme alors en prison où ses pensées tournent en rond.
Pourtant, au cœur de ce monologue fragile, perce une lueur d’espoir. Elle avoue que parfois, un geste minuscule suffit : écrire une seule phrase, dresser une liste, parler face à cette caméra. Un acte simple, mais réel, qui la rattache à la vie. Et dans cet aveu, Hinaa s’adresse à ceux qui, comme elle, se sentent coincés entre leurs désirs et leurs peurs. Elle leur murmure qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne sont pas en retard, qu’ils apprennent seulement à commencer.
Le film se conclut sur ce geste intime : Hinaa sourit doucement, tend la main et éteint la caméra. L’écran devient noir, comme une respiration, une pause, une promesse fragile. Parce qu’au fond, il ne s’agit pas de tout faire, mais de commencer par une petite chose.
Scénario écrit par Chaibate Douaa à l'occasion du concours Premier Feux édition 2025
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